La liberté académique, le pluralisme et la bonne gouvernance, thème de mon dernier voyage d’étude en Europe

Mon voyage d’études en Europe qui a eu lieu en mois de novembre 2015 restera toujours gravé dans ma mémoire.  Bien que ce ne soit pas mon premier voyage d’études, il était le meilleur après avoir fait le tour de trois de pays en Europe : Allemagne, Pays Bas et Belgique. Ce voyage d’études a porté sur «  La liberté académique, le pluralisme et la bonne gouvernance ».

Nous étions une vingtaine d’académiciens et de chercheurs de différents pays arabes (la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, la Jordanie, l’Egypte, la Libye et le Liban). L’ambiance multiculturelle dans laquelle nous nous sommes trouvés, a favorisé l’échange entre tous les membres du groupe car même si nous appartenons à la même culture, chaque pays a son propre climat de démocratie et cela dépend du régime politique mis en place. Ainsi nous ne pourrons pas parler du même système académique ou du même terrain d’échange scientifique.

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Les membres de toute l’équipe

Par la suite, j’ai trop apprécié le rythme accéléré de ce voyage d’études. Nous n’avons pas du temps à perdre et nous étions appelés à profiter de chaque seconde. Ainsi cette opportunité était très enrichissante vu la bonne qualité des intervenants avec lesquels nous avions eu des rendez-vous dans les trois pays de l’Europe. C’était une ouverture réelle sur l’enseignement en Europe, à savoir à Aachen, à Cologne, à Maastricht et à Bruxelles.

L’importance de l’enseignement professionnel

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M.Martin WORTMAN nous présente l’Université des Sciences Appliquée

Cette idée de l’importance de l’enseignement professionnel a été confirmée par  M. Martin WORTMANN (Président de l’Université Appliquée à Cologne) qui nous avait fait une excellente présentation sur cette université en mettant l’accent sur le programme scolaire, les conditions d’admission, le recrutement des enseignants, l’infrastructure de l’université.etc.

Notons ainsi qu’une université appliquée est une université qui se base beaucoup plus sur la pratique. Le diplôme du bac est nécessaire pour la rejoindre. Elle dispose ainsi une riche offre de formations vu qu’elle enseigne le droit, l’économie, les médias, l’ingénierie et autres. Il est possible de s’inscrire en mastère mais le doctorat se fait dans le cadre d’un partenariat avec d’autres universités.

Entre temps, cette université considérée comme la deuxième plus grande université à Cologne, développe des partenariats avec les différents acteurs du marché de l’emploi. Les stages pour les étudiants démarrent aussi une étape importante de leur vie universitaire et ainsi des partenariats avec des acteurs économiques sont signés. Et d’ailleurs, le taux de recrutement des étudiants diplômés  de cette université est en train d’évoluer.

Il a ajouté que cette université a beaucoup travaillé avec les autres universités allemandes pour assurer la reconnaissance de ses diplômes au niveau de toute l’Europe. Cela a pris du temps. Mais actuellement, nous parlons de plus que 119 000 diplômes reconnues par tous les pays européens.

Cette rencontre a été clôturée par un tour au sein de l’université, au cours duquel nous avons découvert la qualité de l’équipement des laboratoires scientifiques.

Et lors de cette intervention, nous avons apprécié combien le Président de l’université était fier de son travail ainsi que du travail de toute l’équipe. Il semblait très actif et partant pour faire de son mieux afin de développer cette université. Ce type d’universitaires nous manque malheureusement  au sein de nos universités tunisiennes parce que nous avons beaucoup plus des gens qui travaillent pour l’argent et rarement que nous trouvons un enseignant qui investit de l’effort au profit de l’université et non pas de son statut.

Nous avons eu aussi  une réunion avec  M. Rudolf HIELSCHER (Directeur du bureau de Bruxelles d’Académie Nationale des Sciences et de l’Ingénierie [Acatech]) qui nous a parlé de Acatech. Il a souligné ainsi que cette académie se compose de 109 membres à savoir Google, Siemens, Intel.etc. Les entreprises sont selon lui, des acteurs économiques actifs dans le  savoir scientifique.

Par ailleurs, Il a insisté sur la liberté scientifique et l’importance de la protection des savants. M. HIELSCHER a indiqué que la relation entre les sciences et la politique est toujours remise en question en Europe, alors que dans les pays arabes, c’est toujours la relation entre la religion et la politique qui est au cœur des sujets quotidiens. Mais en Europe, les politiciens ont toujours besoin des  savants pour avancer, en se basant sur leurs résultats.

Ajoutons que le Groupe interacacadémique pour le développement favorise l’échange entre les différents partenaires de l’Europe et cela pourra s’ouvrir avec le temps sur l’Afrique.

L’enseignement supérieur : le partenariat entreprise / université

Lors de notre première journée à Aachen, nous avons croisé Dr Piter LOZEN   de Fraunhofer Institue. Ce dernier est constitué de 66 instituts dont un institut au Caire et un autre à Dubaï.  Il s’agit de la recherche appliquée qui favorise l’innovation et l’invention des technologies. Ce qui est explique l’installation de quelques entreprises dans le bâtiment de l’université, à savoir PHILIPS, PhotonAix, BRUKER.

Plusieurs acteurs prennent part du financement de Fraunhofer Institue : 20 % financé par les organisations européennes, 50 % proviennent des revenus industriels, 25 % provient de l’entreprise Fraunhofer  et 2 % des licences du laser.

Comment assurer l’indépendance de Fraunhofer Institue ? Cet institut est doté d’une grande indépendance sans aucune intervention politique.  Mais il faut juste travailler dans le cadre de ses spécialités.

12212340_849095671875658_239977315_nNous avons eu  aussi, un rendez-vous avec  un cadre de l’Université de Aachen qui nous a parlé de RWTH University, en ayant l’opportunité de faire un tour dans le campus universitaire.

Il est à noter que l’Université de Achen  est spécialisée dans l’ingénierie (précisément la technologie du laser). Elle a actuellement 30 000 étudiants dont 5000 des pays étrangers. Il s’agit de 260 instituts et 450 professeurs.

Le campus universitaire était tellement vaste que nous avons pris le bus pour se déplacer.  Et cette tournée nous a permis ainsi de découvrir la présence des industries au sein du campus, ce qui favorise la relation entre l’université et les entreprises économiques.

L’enseignement des sciences sociales

Nous  avons rendu visite à l’Institut de  l’histoire de RWTH à Aachen , là où nous étions accueillis par Dr.Ines SOLDWISCH, chercheur au sein de l’Institut de  l’histoire de RWTH à Aachen  et Dr Phill Klauss FREITAG, manager de la direction de l’Institut de  l’histoire de RWTH à Aachen.

Au sein de cet institut, il y a une quinzaine d’enseignants dont la majorité est des chercheurs de différentes spécialités. Et les études au sein de cette université ne se limitent pas à l’histoire mais c’est plutôt un mélange entre les sciences sociales, l’histoire, la religion et la politique. Le mastère par contre, est concentré sur un seul thème.

Au sein de  la classe, le nombre des étudiants ne dépasse pas une vingtaine et les études peuvent durer 6 ans mais au moins quatre ans et demi, sauf que les étudiants ont certains engagements. Ce qui est drôle parfois, c’est que le cours pourra avoir lieu dans une salle de cinéma.

Dr Phill Klauss FREITAG a exprimé son amour pour son métier, au point qu’il a déclaré que le nombre d’heures officiel ne rend pas l’enseignant limité à cette plage horaire. Bien au contraire, l’enseignant investit beaucoup plus dans son travail surtout qu’il ne s’agit pas d’un domaine technique.  Et puis les enseignants possédant le doctorat enseignent 9 h par semaine et les enseignants assistants enseignent 7 h par semaine.

Quant à l’étudiant qui s’inscrit en thèse, a une durée de six ans pour l’achever puis il aura six ans de plus pour achever son habilitation.  Malheureusement, en Allemagne, ces dernières années certains postes d’enseignants ont été annulés.

De son côté, Dr.Ines SOLDWISCH a souligné l’importance de s’intégrer à l’université de Aachen connue par les disciplines techniques. Ainsi la convergence avec d’autres disciplines demeure être importante. A titre d’exemple, étudier l’histoire des tremblements de terre nécessite la collaboration avec un chercheur en géographie.

Signalons que l’Allemagne est en période de transition académique qui favorise la liberté scientifique et académique. Cela fait partie de la politique de HUMBERT qui encourage cette liberté.

Au sein du conseil de l’université, il y a une représentativité des enseignants et des étudiants. Pour devenir Président du conseil, ils passent pour les élections chaque deux ans. Et à chaque fois qu’un problème émerge, ils sont appelés à créer un comité de réflexion pour résoudre ce problème.

Dans le contrat du travail d’un enseignant dans cette université, le nombre de publications à faire et le montant de financement des recherches scientifiques sont signalés. De plus, le contrat rappelle l’enseignant de son rôle en tant qu’enseignant  et d’ailleurs les étudiants évaluent leur enseignant à la fin du module.

Ce jour là, j’ai trouvé une réponse à une question qui m’interpelle depuis longtemps : comment enseigner l’histoire des médias dans une ambiance conviviale, sans que les étudiants se lassent ? La réponse était la suivante : il faut tout simplement partir d’un problème social pour revenir en arrière. Il s’agit donc de renouveler le passé et de créer un lien social entre les événements et la situation dans laquelle ils ont eu lieu.

La politique du développement de l’enseignement en ligne

Au cours de notre voyage d’étude, nous avons eu le plaisir  une fois d’être accueilli par  Mme Angela FREMUTH (membre du parlement municipal de la ville de Düsseldorf, et porte parole de l’innovation, de la science et de la recherche) qui nous a parlé de son rôle en tant que député et l’importance accordée à l’enseignement et au développement scientifique au sein du parlement. Et l’enseignement en ligne était parmi les points débattus au cours de notre rencontre.

Elle a souligné ainsi que l’Allemagne a commencé il y a quelques années à vivre l’expérience du cours en ligne financé par plusieurs partenaires. Et n’importe quel étudiant de n’importe quelle nationalité peut avoir accès et réussir son diplôme, sachant que les examens se passent sur place et les cours sont la majorité en allemand  à l’exception de quelques uns en anglais. Puis, les étudiants ne payent que les prix des ouvrages alors que les études sont gratuites. Et ces diplômes des cours en ligne sont reconnus à l’échelle nationale et internationale, y compris pour les masters et les doctorats.

Par ailleurs, elle  a ajouté que la ville de Düsseldorf compte 40 % de ses étudiants inscrits à l’université virtuelle allemande.

Quand les étudiants deviennent des acteurs actifs voire des décideurs
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Le jour où nous avions effectué une visite à l’Université de Aachen, les associations allemandes estudiantines (nationales et internationales) installaient leurs stands en face de l’université afin d’encourager les étudiants à investir leur efforts dans la vie associative. Il y a avait  plus qu’une trentaine d’associations destinées aux étudiants. Nous citons comme exemple, l’association « Rock your life » qui aident les élèves dans leur intégration au sein de l’université et trouver un boulot. Il y avait aussi « Enactus » qui travaille en partenariat avec  les entreprises  en versant l’argent gagné au profit des handicapés. Quant à «  Aegee », elle s’occupe des étudiants en Europe. Les étudiants de l’Université de Aachen semblaient très impliqués dans la vie associative.

Par ailleurs, lors d’un rendez-vous intéressant avec quelques membres de l’Organisation des étudiants libéraux présidée par M.Milti MULDEKH afin de parler de la démocratie au sein des universités et de l’univers politique, ils ont insisté sur les valeurs de la constitution qui sont pour eux à ne pas toucher. Mais ils tiennent à ce que les étudiants aient la liberté de s’exprimer dans différents volets de leur vie au sein de la société.

Les élections du parlement dont 41 sont  membres de cette organisation s’organisent une fois par ans, durant une semaine. Le vote par envoi postal est faisable pour les élections vu qu’il s’agit des élections parlementaires, c’est-à-dire régionales.

L’organisation des étudiants libéraux organise aussi de temps en temps, des événements culturels et sportifs.

Et si les étudiants ont un problème au sein de l’université, ils peuvent dépasser les frontières de l’université et évoquer leur problème au sein du parlement qui sera appelé après à défendre leur problème auprès de l’université..

L’accès facile à l’information

Lors de ce voyage d’étude, j’ai eu le plaisir de faire une visite à la bibliothèque de l’Université de Maastricht (Pays Bas).

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L’accès à la bibliothèque n’était pas compliqué étant donné que les portes sont ouvertes à tout le monde. Et il y avait d’ailleurs beaucoup d’étudiants pourtant c’est dimanche. J’étais surprise par le nombre des étudiants présents ce jour là. Chez nous, aucune bibliothèque  ne fonctionne dimanche et aucune ne fonctionne déjà  jusqu’à 21.  J’ai été aussi émue pour la qualité de l’infrastructure de cette bibliothèque  dont l’aménagement était trop développé. Elle est loin de l’infrastructure de toutes les bibliothèques que j’ai visitées en France.

Il s’agit d’une bibliothèque composée de trois étages. En bas, se trouve le restaurant et quelques points d’accès à Internet. En haut, se trouve les ouvrages et les documents selon les disciplines. Et vous n’êtes appelés à demander à quelqu’un pour qu’il vous ramène un ouvrage de l’intérieur mais vous avez un accès direct à des milliers de livres. C’était  en ce moment mon réel plaisir, en naviguant entre les milliers de livre en journalisme et en communication. En tant que doctorante, cette visite était très importante pour moi vu que j’ai noté le nom de quelques ouvrages intéressants.  Notons aussi que l’aménagement de la bibliothèque favorise le travail de groupe et le travail individuel.

Nous avons eu un  rendez-vous aussi vec Dr Katrien MAES (responsable au sein de la Ligue des universités  européennes de recherche [LEUR]). Cette ligue fondée en 2012 et possède 21 membres. Elle est basée dans dix pays européens, en essayant d’être représentatif.

Cette ligue encourage l’éducation  et l’échange du savoir  indépendamment des frontières. Les membres discutent ainsi leurs problèmes et cherchent à développer les pratiques.  Elle organise aussi l’université de l’été ainsi que d’autres événements intéressants pour les chercheurs afin de favoriser l’échange des savoirs.

Quant à notre rencontre avec  Mme Stefanie KALFF- LENA (Directrice de  la recherche et l’innovation au sein de la commission européenne), cette dernière a mis l’accent sur le programme 2020 auquel ils ont consacré un budget de 7 Billions euros. Ce programme s’adresse à l’excellence scientifique, au leadership et aux enjeux sociétaux. Et nous avons été heureux de savoir que la Tunisie va rejoindre le programme en décembre 2015.

Recommandations

Bref, nombreux étaient nos rendez-vous avec les acteurs du monde universitaire en Europe. Nous avons croisés d’autres Président d’universités ou députés chargés de missions universitaires, à savoir Prof. Frand HOFFMEISTER (Enseignant à l’Université Libre de Bruxelles et Président d’un groupe au Parlement Européen, membre de la commission européenne), M.Bernd WACHTER (Directeur de l’association de la coopération académique)

Et comme suite à toute formation, nous devrons revoir la situation dans notre pays, je me sens par rapport aux  autres pays arabes satisfaite de la situation de notre enseignement notamment après le 14 janvier 2011  mais il y a certaines recommandations, à savoir :

  • Revoir le budget de l’Etat consacré à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique,
  • Penser à bâtir des bibliothèques qui s’approchent des normes internationales et faciliter l’accès des étudiants aux données, dans un climat de liberté, car nous ne pouvons pas construire une génération de grande performance si on  ne leur fournit pas l’infrastructure nécessaire ;
  • Faire intervenir les entreprises en matière des disciplines techniques tels que le mécanique, la télécommunication, l’industrialisation.etc. et créer un échange entre les différents acteurs (enseignants, entreprises et étudiants) ;
  • Développer la présence de nos étudiants dans les  postes de prise de décisions,
  • Encourager nos étudiants à produire et à prendre des initiatives ;
  • Revoir les conditions auxquelles sont soumis les jeunes chercheurs à savoir les doctorants ;
  • Développer les programmes de bourses au profit de nos étudiants et nos chercheurs dans le monde arabe ;
  • Développer des réseaux d’échange entre les pays du sud et les pays du nord.

Ces recommandations ne sont pas difficiles à appliquer mais il suffit qu’il y ait une volonté de changement. De mon côté, pour le moment, je veillerai à ce que mes étudiants soient créatifs et productifs, à ce que ma classe soit un berceau de démocratie et d’échange de paroles libres et à ce que mes cours soient basés sur la pratique plus au moins que la théorie.

La cité de rêves de Platon n’a jamais existé mais nous devrons mobiliser les efforts afin de développer d’une part l’enseignement et d’autre part la recherche scientifique, car cela fait partie du processus de la transition démocratique. Les hommes politiques tunisiens ont besoin des recherches établies par les chercheurs tunisiens et ces derniers ont besoin aussi du soutien des leaders dans le pays.

Nouha BELAID

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Publié par

Dr. Nouha Belaid

Docteur Sciences de l'Information et de la Communication Enseignante en journalisme et communication Éditrice de l'Observatoire Arabe du Journalisme (AJO) Formatrice et consultante intrenationale